L'association d'échange et d'écoute sur les problématiques professionnelles (A2E), créée il y a quelques mois, a tenu sa première permanence hebdomadaire vendredi soir au centre socio-culturel de la Meinau.
Devant la multiplication des cas de malaise, de mal-être au travail ou de harcèlement, l’association souhaite offrir aux salariés concernés une possibilité de s’exprimer.
“Il s’agit de libérer la parole. Les victimes de harcèlement ont honte de raconter ce qu’il leur arrive, comme les victimes de viol. Or c’est vital pour se remettre sur les rails”, explique Isabelle Salvati, trésorière de l'association. Cette ancienne coach en entreprise, confrontée dans son métier à la souffrance au travail, a implanté ces permanences dans son quartier, la Meinau, en raison du grand nombre d’entreprises présentes dans la plaine des Bouchers.
Isabelle salvati, de l'association A2E
Ce vendredi, la première et la seule à pousser la porte de la permanence est Jeannine (le prénom a été modifié), 50 ans. Elle a passé trente ans dans la même entreprise de lingerie. Pour elle, tout a basculé il y a quelques mois. Sa collègue est hospitalisée pour un cancer de la poitrine.
Sa patronne aurait déboulé: “C’est votre faute. Vous l’avez fait travailler sur une grosse machine”. Depuis, Jeannine lutte contre son sentiment de culpabilité, se sent mal à l’aise au travail et a des relations difficiles avec sa supérieure hiérarchique. “Je ressasse cette histoire en permanence. Je n’arrive pas à penser à autre chose. J’ai déjà pensé au suicide”, explique la quinquagénaire, sous calmants et antidépresseurs. Isabelle Salvati lui conseille, d’abord, de crever l’abscès en abordant le sujet directement avec sa patronne. Ensuite, elle lui suggère une prise en charge psychiatrique.
“La patronne a fait preuve de maladresse, mais ce n’est pas un cas de harcèlement”, explique Patrick Krieger, le président de A2E et consultant en entreprises. “Il faut renouer le dialogue avec elle. Invitez la collègue en question à prendre un thé pour détendre l’atmosphère. Et surtout faire de petites choses qui vous font plaisir en dehors du travail pour arrêter de ressasser”. Jeannine va revenir à la prochaine séance: “Mon travail me rend malade, mais je ne suis pas la seule. Ça fait du bien de le constater. Et il y a des gens qui s’en sortent.”
Mersiha Nezic
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